Le temps retrouvé


Quelle force obscure m'oblige donc à tirer du fond de la mer des fragments d'épaves ? Ces carcasses m'attirent par l'âpreté bleue de leur matière polie de sable et rongée des eaux. Je suis aussi pleine de respect devant ces restes 'fruits d'un temps infini.., les siècles ne coûtant rien... "

Valery Eupalinos

 

 

L'art serait-il donc ce baume qui cicatrice la blessure du temps ?

 

Je sais que ces matières, provocantes de beauté, peuvent s'offrir à moi sans effort ni souffrance. Il me suffit d'explorer les rochers et les algues, de savoir écouter et reconnaître mon propre désir dans le silence assourdissant de la mer. Certains morceaux d'épaves sont un appel, une rencontre évidente et j'y adhère en une fraction de seconde ; un irrépressible besoin me pousse à les arracher à leur élément. Mais d'autres morceaux me résistent longtemps. Il faut y revenir, recommencer l'approche, les apprivoiser, leur faire une cour assidue. Cependant, une fois "ferrée", il suffit d'un simple déclic pour accomplir l'œuvre en moi de façon concrète et irréversible. Aussitôt, je sais le sens secret de cette épave, son pouvoir de résurgence mémorielle.

Dans sa quête, l'œil harponne les plus belles pièces, fait son choix parmi les ruines marines; il esthétise l'objet en le trouvant, avant même de le rendre au visible. Une fois à terre, c'est le ciment qui devient mon matériau de prédilection. Il se laisse malaxer avec lenteur ou impétuosité. Voici venir le temps de la main, quand celle-ci recouvre ses facultés, ses rythmes ; cette main fabricatrice, laborieuse - celle qui répare les mailles du filet - reprend donc ses droits. Le ciment gris devient ocre en séchant comme la terre natale et les bris de mer me reviennent en éclats d'épaves mouillés.

Propos recueillis par Richard Conte
 



Longtemps, j'ai voyagé (je devrais dire j'ai navigué) dans l'œuvre de CÉSARINI ; et je sais désormais que même happé par l'océan, l'homme ne meurt jamais. Longtemps, j'ai regardé le tabernacle de bois flotté et le profil de tête d'éphèbe extrait du ventre d'un cargo. J'ai vu une stèle de fibre de verre, qui était autrefois un voilier solitaire. J'ai vu la porte colossale de métal, devenue tableau, et sous les palimpsestes, les âmes des marins disparus.

Je sais maintenant que les épaves que l'on croyait perdues, remontent toujours le fleuve de notre mémoire... Je sais aussi, que la petite fille qui courait sur la grève de STORA, ou d'ISCHIA a fait elle aussi ce long voyage, au goût amer d'exil, et que chaque barque brisée est un fragment sacré de son enfance.

 

CÉSARINI vogue, silencieuse et secrète, de la vie à la mort, du présent au passé, ou peut-être fait elle le voyage à l'envers ? est-ce si différent ?

D'une surface lisse et réfléchissante, elle passait à des colères soudaines, des grondements incontrôlés qui l'agitaient rageusement. Ce fut l'un de ces jours qu'elle me brisa l'échine. Une lame de fond me fit sombrer dans ses entrailles. Je fus mise en miettes, déchiquetée par les vagues, rongée par le sel, disloquée, brisée, éparpillée, rejetée sur la grève, bloquée entre les rochers. Mon histoire fut fragmentée. Je pensais que ma mort s'arrêterait là.

 

Eh ! bien non ! "ELLE" me ramassa sur la plage, vint me repêcher au cœur des rochers, parmi les algues. "ELLE" me rassembla au gré de ses émotions, me rehaussa de couleurs, me maria avec d'autres matériaux. "ELLE" me confia qu'elle m'attendait depuis longtemps, que j'étais la matière qui la comblait. "ELLE" me fit reine de ses sentiments, me donna les pleins pouvoirs de ses émotions.
 

Je suis devenue le vocabulaire de son expression, les mots qu' "ELLE", n'a justement jamais pu écrire. A travers "ELLE", transparaît le souvenir de ma vie et de la sienne inextricablement liées à cette mer Méditerranée, berceau de nos deux vies. Voilà ce que vous avez devant les yeux : des traces, des bribes d'histoires, des laps d'événements, des miettes de souvenirs, de mémoires recomposés par bouts d'épaves. "ELLE" relie ces morceaux égarés par le naufrage, condamnés à ne plus mettre "les pieds sur Terre". Un tissage de zestes d'éternité aux mouvements incessants du ressac de la mer.
 

- "Chut !... Voilà ! Vous faite partie de cette trame, de ce tissu, une maille de cette trace... Approchez votre main, votre oreille... Vous entendez? Voilà ! ... Vous êtes sur la même longueur d'onde !"



EXPOSITIONS PERSONNELLES


1993
- Espace M PLUS Mérignac
- Citadelle de Ville franche sur Mer (Alpes Maritimes)
- Galerie Jean Cocteau (Villefranche sur Mer)

1994
- Espace Expo 2000. Arcachon
- Voutes Poyenne. Bordeaux
- Acquisition d'une œuvre par le Conseil Général de la Gironde

1995
- Château PICHON LONG UE VILLE. Médoc. Pauillac

1996
- Galerie ZOGRAPHIA. Bordeaux.
- Galerie Ellison Marshall. Bordeaux
- Sélectionnée pour le Forum de l'Art (Conseil General de la Gironde)

1998
- Chapelle Saint Jean Baptiste à Saint Jeannet (Alpes Maritimes) dirigée par la Galerie Le Quadrige de NICE
- Domaine de LESCOMBES à Eysines (Gironde)

Jeudi 9 mai 2002

Inauguration d'une sculpture en bronze de 3 x 3 m : ENVOL VERS LA PAIX (COMMANDE DE LA VILLE DE CARBON BLANC - Gironde)

Mai 2006
- Expo " GALERIE DU LOUP " RUE DU LOUP À BORDEAUX

du 2 au 13 novembre 2006
- Participation à la Biennale de Peinture d'Aquitaine, site des Terres Neuves à Bègles

du 6 au 10 décembre 2007
- Exposition Appartement-Atelier 81 bis, rue Georges Mandel 33000 BORDEAUX
Mai 2009 : Eglise San Giacomo - PROCIDA (NAPLES)


SALONS - EXPOSITIONS COLLECTIVES


 

1990/91
- Figuration Critique - Grands Palais, PARIS
- Jeune Peinture
- Biennale des Femmes Peintres Sculpteurs, PARIS
- Sélectionnée Biennale Internationale, BRIGNOLES
- Espace Delpha, PARIS

- Groupe 109
- Réalités Nouvelles
- Rencontres Européennes, Palais des Papes, AVIGNON

1992
- Salon Réalités Nouvelles - Grand Palais, PARIS
- Biennale des Femmes Peintres Sculpteurs - Grand Palais, PARIS
- Biennale des Sculptures, ISSY LES MOULINEAUX
- AMEA Hôtel de Région, BORDEAUX
- Château François 1er, COGNAC
- Septemvir - Galerie des Beaux Arts, BORDEAUX
- Festival des Arts, BEAULIEU SUR MER (Alpes Maritimes)

1993
- Contemporaines - Grand Palais, PARIS
- Galerie France, BORDEAUX
- Fondation Charles Cante, MERIGNAC
- Sélectionnée Biennale des Arts Plastiques en Gironde
- Festival des Arts de Beaulieu sur Mer (Alpes Maritimes)
- Septemvir - Galerie des Beaux Arts, BORDEAUX

1994
- Biennale de Sculpture, ISSY LES MOULINEAUX
- Exposition Franco-Finlandaise, ST LOUBES (Gironde)
- Fondation Charles Cante, MERIGNAC
- Festival des Arts, BEAULIEU SUR MER (Alpes Maritimes)

1995
- Contemporaines. Espace Eiffel Branly. PARIS
- Salon Réalités Nouvelles

1996
- Septemvir - Galerie des Beaux Arts. BORDEAUX
- Feux de Garonne (exposition sur les berges de la Garonne)

1997
- Septemvir - Galerie des Beaux Arts, BORDEAUX
- Fondation Charles Cante, MERIGNAC
- Musée RENOIR, CAGNES SUR MER
- Arts Atlantic, LA ROCHELLE

- ST CYPRIEN, Dordogne

1998
- Château de LAVARDENS (Gers), 10 Artistes au château
- La vallée du Dropt (Lot et Garonne)
- Base sous-marine de BORDEAUX - Sur le béton, la plage

Janvier 2010
- Vert carbone : Quais de Bordeaux
- Aquibat Foire de Bordeaux - Parc des Expositions - Bordeaux
Juin 2010 : 42 megatonnes Carbone - Champs Elysées - PARIS

 



"Il m'a faim trouver un moyen d'expression personnel" confie Marité Césarini; son matériau de prédilection est le morceau d'épave échoué sur une plage, travaillé par l'eau, le sel, le sable, les rochers, enrichi des boursouflures de la corrosion, alourdi de concrétions, poncé par l'âpreté des vagues; fibres de verre, bois, fer, se trouvent intégrés et recomposés de façon à mettre en valeur les souvenirs passés, à garder en mémoire la tragédie de la matière, la tragédie de la vie.

Frédéric Dufour

 

Marité va redonner la vie à ces épaves sous de nouvelles apparences; elle retranscrit par ses personnages, ses visages, les souvenirs, la mémoire, soit dans la dualité, les couples, soit dans un jeu de pile ou face; souvenirs à mi-chemin entre le réel et l'imaginaire, entre figure et concept. Ambiguïté, où il est difficile de savoir où s'arrête le travail de la nature et ou commence le sien. Objectif "Sortir l'homme de sa passivité, de sa routine".

Guilène Proust

 

J'aime que le travail de la nature et le mien se confondent. Outre leur valeur esthétique, les épaves sont chargées de Mémoire, comme les vestiges d'un temple. Mon objectif est de sortir l'homme de sa façon conventionnelle et routinière de voir.

 


ACQUISITIONS



- Conseil général de la gironde - 1992
- Mairie de Villefranche sur Mer - 1993
- Mairie de Carbon Blanc (Gironde) - 2002